La prison de Tuol Sleng – Phnom Penh

Nous avons visité la plus sanglante prison de Phnom Penh, symbole de la cruauté et de l’hérésie du régime des Khmers rouges. Cette sinistre période du Cambodge a débouché sur un constat alarmant, celui d’être l’un des pires génocides de l’humanité. C’est donc dans cette enceinte morbide que nous pénétrons. Tout semble tiré d’un film d’horreur. L’histoire est récente, les témoignages glaçants.

Aussi connue sous le nom de « S21 », cette prison a pris place dans un ancien lycée dans le centre ville de Phnom Penh en 1975. A son arrivée au pouvoir, l’armée des Khmers rouges à converti cette école en la plus secrète des 196 prisons du pays.

Un prisonnier s’étant jeté du premier étage, les geôliers ont rajouté des barbelés pour empêcher tout suicide.

Revenons un peu sur le contexte politique au Cambodge dans les années 60 et 70.

Dans les années 60, le Cambodge fait face à une guerre civile. L’armée des Khmers rouge se forme durant cette période, beaucoup de jeunes rejoignent ses rangs. Les missiles américains détruisent le pays, les habitants sont contraints de tout quitter pour se regrouper dans les villes. A Phnom Penh se retrouvent plusieurs milliers de réfugiés.

C’est en 1975 que débarque l’armée des Khmers à Phnom Penh annonçant la fin de la guerre civile, renversant le gouvernement en place. Acclamés par le peuple, ils représentent les héros du pays qui ont libéré le Cambodge de la superpuissance américaine. Pol Pot, leader du parti Democratic Kampucheas (DK), crée le mouvement de l’Angkar. Son objectif est d’établir le « nouveau Cambodge » en créant une société communiste sans classe.

Mise en place de la dictature sous Pol Pot, 1975-1979

Il commence par provoquer un exode urbain prétextant de nouveaux bombardements américains. Plus d’un million de Cambodgiens vont fuir les villes pour s’installer dans les provinces aux alentours.

Rapidement, la ferveur envers le nouveau régime va se transformer en un véritable cauchemar. Un climat de terreur s’installe avec la mise en place de travaux forcés dans les campagnes. Les ouvriers tombent les uns après les autres, affamés et épuisés par la dureté des tâches.

Les arrestations des réfractaires au régime s’intensifient. C’est la chasse aux intellectuels, artistes et bourgeois, susceptibles d’être en contact avec les services d’informations (CIA, KGB etc.). Le simple fait de porter des lunettes pouvait être motif d’emprisonnement.

C’est par camion qu’arrivent à S21, entre autres, des avocats, médecins, musiciens, peintres mais aussi des étrangers (néo-zélandais, vietnamiens, laotiens, anglais etc.). Ces supposés dissidents subissent des interrogatoires suivis de torture. Certains d’entre eux ne connaissent même pas l’existence de la CIA. Les motifs de leur arrestation sont flous et dénués de sens. Parmi toutes les prisons, la S21 était le lieu de torture extrême.

Les « combattants » (geôliers), des jeunes sans éducation pour la plupart, ont été pris dans une spirale de folie meurtrière. Les ordres du directeur de la prison étaient d’interroger les prisonniers et d’utiliser la torture pour leur soutirer des informations, sans engendrer leur mort. Mais, les gardiens ont usé de toutes sortes de techniques atroces envers les prisonniers, jusqu’à ce que mort s’ensuive. On a appris qu’ils faisaient appel aux infirmiers pour remettre sur pied un détenu et continuer les sévisses plus longuement, par plaisir de torturer. On estime entre 14 000 et 20 000 personnes à avoir été enfermées à S21 et moins d’une dizaine à avoir survécu. Parmi elles, un peintre exempté de ces violences corporelles, qui à partir des récits de ses camarades de cellules, a dépeint les scènes de torture. On peut voir que les prisonniers étaient attachés deux par deux aux chevilles, devaient rester allongés et demander la permission pour s’asseoir. Tous les prétextes sont bons pour lacérer les détenus. Ces derniers ne devaient pas faire bouger leurs chaînes en dormant, devaient retenir leurs cris lors de la torture. Le but était de les humilier, les déshumaniser. Femmes, enfants et hommes sont séparés à leur arrivée et ne se sont jamais revus.

Ce poteau issu d’une corde avait été utilisé par les étudiants comme exercice. Les Khmers rouges ont utilisé cet emplacement en guise d’interrogatoire. Alors, par une corde les bourreaux liaient les mains des victimes au dos et soulevaient à l’envers, jusqu’à ce que les victimes perdent connaissances. Et puis, ils trempaient la tête du victime dans une jarre d’eau putride. L’interrogatoire pouvait reprendre…

 

Des cases ont été construites à la hâte dans les anciennes salles de classe du lycée pour y entasser les prisonniers. Des corps gisants dans leur sang qui pouvaient rester plusieurs jours au milieu des prisonniers.

Après l’abolition de la dictature, en 1980 la S21 a été convertie en un musée à la mémoire de toutes ces victimes. Le message qui pré-domine la visite : avoir conscience de l’ampleur de cette tragédie et éduquer les générations futures pour ne pas oublier et pour que cela ne se reproduise jamais.

Le Chambres extraordinaires au sein des tribunaux cambodgiens (CETC) fut également créé afin de rendre justice et punir les membres de l’Angkar. C’est alors de longs procès qui commencent pour aboutir au jugement des crimes commis sous le Kampuchéa démocratiques. Certains « combattants » témoignent en avouant ne pas regretter leurs actes, qu’ils ont agi de la sorte pour sauver leur propre vie…

En trois an et demi, l’Angkar a décimé environ 2 millions d’individus, soit un Cambodgien sur cinq !

Pour aller plus loin :

Film : « First they killed my father » (D’abord, ils ont tué mon père) – réalisé par Angelina Jolie, sorti en septembre 2017.

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