Centre de méditation de Thabarwa

Nous avions eu connaissance de cette annonce sur le site Helpx . Du volontariat dans un centre de méditation auprès de moines bouddhistes en Birmanie, que demander de mieux.

Des règles de vie strictes étaient stipulées dans l’annonce. Les hommes et les femmes seront séparés dans les dortoirs, aucun contact amoureux sera autorisé entre les couples, il ne faudra pas chanter, ne pas quitter le centre sans prévenir ou encore ne pas mentir. Ah oui, et il est interdit de tuer n’importe quel être vivant. Jusque là, vous me direz que c’est évident. Cela dit, quand vous avez 10 moustiques qui rôdent autour de vous, prêts à vous pomper le sang, la tâche devient plus dure.

On a voulu se laisser la surprise de ce qui nous attendait, on ne s’est donc pas trop renseignés sur les activités sur place. On se demandait si on allait méditer 8 heures pas jour, si on allait se voir pendant le séjour ou encore comment on allait se rejoindre pour repartir.

Une fois arrivés sur place, on se rend compte que le site est assez grand ! On atteint le dortoir, des Français nous accueillent et nous expliquent brièvement où trouver un lit. A peine nos sacs déposés dans nos chambres respectives, John, le manager nous invite à participer à une activité qui n’a pas l’air si réjouissante. On le suit pour la toilette des patients. On aura le droit à la visite guidée plus tard.

On se rend à l’un des hôpitaux réservé aux femmes ne pouvant plus se déplacer. En raison du grand nombre de patients et de la répartition des volontaires sur différentes tâches, elles n’ont qu’une douche par semaine. C’est donc à la chaîne que lavons 25 personnes. « Waou », on est mis dans le bain (c’est le cas de le dire) dès les premières heures. Pour Maou, c’est une grande première : affronter la nudité, la folie, être en contact avec des personnes âgées et leurs conditions physiques. Pour Géo, cela lui rappelle davantage son travail mais les conditions des patients l’interpellent. On adore les voir prendre plaisir au contact de l’eau, elles en redemandent. On les shampouine, les sèche et les rhabille. C’est un moment court mais précieux pour elles. C’est peut-être la seule occasion de quitter leur lit, qui n’est autre qu’une planche en bois.

Joséphine’s hospital
Joséphine’s hospital où on a fait la première toilette

Suite à ce premier accompagnement, deux autres volontaires français , fraîchement arrivés, s’improvisent guides. Durant trente minutes, nous arpentons le village. Nous comprenons que le centre de méditation est davantage un lieu d’accueil pour ceux qui sont dans le besoin. Vivent mélangés à Thabarwa des orphelins, des moines bouddhistes, des personnes séniles, des malades, handicapés physiques et mentales, pauvres et sans logement. C’est aussi pour certains l’occasion de rebondir, suite à un passé difficile, avec la justice notamment.

C’est suite à une réunion quotidienne, après le repas du soir, que les volontaires s’inscrivent dans les activités du lendemain.

La première nuit fût difficile. C’est sur un lit sans matelas qu’il faut essayer de trouver le sommeil. Des images de la journée plein la tête, nous essayons tout de même de rejoindre les bras de morphée.

Au village de Thabarwa, quand les Hommes cessent leurs activités, les chiens errants reprennent le flambeau. Ils sont plus d’une centaine sur le village et prennent le contrôle des rues une fois la nuit tombée. Combats de chiens, hurlements durant toute la nuit, nous nous réveillons difficilement. Géo ne dort pas la première nuit.

Les activités dans lesquelles on s’est inscrits :

– Physio / Kiné : accompagner les patients dans leurs exercices quotidiens. Beaucoup ont le rêve de pouvoir remarcher un jour.

– Faites les bouger : consiste à faire des mouvements pour faire bouger les patients, comme par exemple : jongler, mettre de la musique, tai-chi etc.

– Soin des patients : soigner les plaies des patients – l’une des activités les moins prisées car difficiles pour les personnes sensibles.

– Balade à la Pagode : emmener quelques résidents à la pagode en les baladant à travers le centre.

– Construction : participation à la construction d’un abris en bamboo

– Cours d’anglais : une heure par jour, les enfants du village près du centre ont un cours d’anglais donné par un volontaire.

Il y avait aussi la possibilité d’apprendre le birman, de préparer le dîner du soir, accompagner les moines à la quête matinale mais nous avons dû écourté le séjour car nous sommes tombés malades.

Geoffrey, en quelques lignes, raconte-nous comment tu as vécu ton volontariat ?

Étant habitué à l’accompagnement de personnes en difficultés en France, j’ai redécouvert mon métier dans un autre contexte.

J’ai vraiment apprécié l’énergie que nous donne les personnes dont on s’occupe. On sent que le moindre accompagnement leur font du bien. On a envie de se dépasser et de mettre de côté nos appréhensions. Cette expérience donne vraiment du recul, notamment sur nos excellentes conditions d’accompagnement en France. Ici par exemple, les patients sont lavés à la chaine, dans la rue, à l’aide de seaux d’eau…

Je me suis aussi rendu compte que les patients ne se plaignaient jamais, leur force mentale est admirable !

Cependant, j’ai ressenti des difficultés quant au rapport à la mort. Beaucoup de patients sont très maigres et dans un très mauvais état de santé. En moyenne, trois patients du centre décèdent par semaine. On n’a malheureusement pas dérogé à la règle durant notre court séjour.

J’ai aussi pris mon courage à deux mains pour faire le soin des patients. J’ai voulu me faire violence car ce n’est pas une chose que j’apprécie faire. Nettoyer des plaies ouvertes de personnes malades ou blessées n’a pas été anodin pour moi. De plus,Les conditions dans lesquelles elles vivent ne m’ont pas laissé indifférent. La majorité vit entassée dans des salles où il fait très chaud. Leur lit sont des planches en bois, les odeurs sont très fortes, l’hygiène laisse vraiment à désirer.

Quand on passe dans la salle, certains tendent la main pour nous interpeler, par espoir qu’on vienne s’occuper d’eux.

Heureusement, le fait d’être accueilli par de nombreux sourires nous donne la force et l’envie de persévérer !

J’ai pris plaisir à rendre « heureux », à mon échelle, certains patients. Mon moment préféré fût l’accompagnement d’une patiente à la pagode. Plus que le simple fait de prier, c’était pour elle un moment de s’évader. J’en ai profiter pour aller boire un verre avec elle pour prolonger le moment. Puisqu’elle parlait anglais, nous avons pu échanger sur nos vies, c’était intéressant.

Même si les conditions sont difficiles, le travail des volontaires est vraiment à saluer. Sans ce centre, les personnes seraient livrées à elles-mêmes dans des conditions bien plus inhumaines. C’est pour cela que j’en garde que le positif, les sourires et les moments d’échange. Ce genre d’association a vraiment besoin d’être davantage aidée pour proposer un meilleur accompagnement !

J’ai trouvé qu’il s’agissait d’un vrai volontariat. A aucun moment on nous oblige à faire quelque chose. On a le sentiment que nos capacités sont prises en compte. Chacun apporte ce qu’il peut apporter, sans être jugé.

Quant aux puces de lit, gastro, chiens qui hurlent toute la nuit, on oublie !

Et toi Marianne, à part ta gastro, qu’en retiens-tu ?

Merci pour ta question, c’est vrai que mon « intoxication alimentaire » m’a bien pris les deux tiers de mon temps. Étant tous les deux malades, on a quitté précipitamment le volontariat après 3 jours au lieu d’une semaine.

Alors, pour ma part, j’ai vraiment aimé faire la toilette des résidents. La vue de la nudité et des conditions physiques des personnes ont vite été oubliées face à leurs sourires. Et je sais que si on n’est pas assez de volontaires pour cette activité, cela décalera encore d’une autre semaine la toilette.

J’ai apprécié l’organisation au sein de ce centre : réunion tous les soirs pour raconter notre journée, parler d’éventuels incidents/doutes et mettre en place de nouveaux projets. C’est un moment fédérateur qui nous rappelle pourquoi on s’est porté volontaire. De plus, j’ai aimé le fait qu’on puisse s’inscrire dans l’activité de son choix, et d’être libre ce que l’on souhaite apporter personnellement. Que tu aies des compétences ou non, tu es toujours le bienvenu ! Chacun vit son expérience différemment en fonction des activités, sa sensibilité et son rapport aux patients.

Rainbow hospital

Comme déjà dit plus haut, c’était pas évident de voir les patients avec des blessures un peu partout sur le corps et à partir du deuxième jour seulement (sûrement car j’étais malade) je supportais de moins en moins les odeurs.

Comme autre activité, j’ai accompagné deux résidents dans la rééducation dans le but qu’ils remarchent un jour. Ça aussi, j’ai adoré ! J’aurais aimé les retrouver tous les matins et les voir progresser.

aJe ne m’attendais pas à me retrouver dans un centre de la taille d’un village et avec des profils très différents. Quand on sait que le centre ne vit que sur des donations, c’est déjà énorme tout ce qui a été créé ! Cela a aussi été l’occasion d’en apprendre davantage sur le bouddhisme, notamment sur ses positions dans le domaine médical : même si une personne souffre, elle ne recevra pas de palliatifs pour soulager sa douleur. Son état est justifié par le karma, la personne doit l’assumer afin de passer à une prochaine vie.

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