Entretien avec des Birmans au sujet des Rohingya

En France, le nettoyage ethnique des Rohingya a souvent été évoqué dans les médias et sur les réseaux sociaux. Depuis que nous sommes sur place, en Birmanie, personne ne nous en parle. Pourquoi ce fossé ? Est-ce un sujet tabou ? Que se passe t-il vraiment ?

Tout d’abord, qui sont les Rohingya ?

Originaires du Bangladesh, ils sont musulmans sunnites, descendants de commerçants et de soldats arabes. Dans le conflit birman, on parle des Rohingya car ils représentent un million de personnes établies dans l’ouest du pays, dans l’Arakan, frontalier avec le Bangladesh. Dans cet état, ils représentent un tiers de la population.

Suite à la loi de 1982, instituée par la dictature militaire, Ils ne sont pas considérés comme faisant partie des 135 ethnies de la Birmanie car ils seraient arrivés dans le pays après la colonisation britannique de 1823.

Malgré leur résidence dans le pays, ils n’ont pas la citoyenneté birmane. Ils n’ont pas accès aux mêmes droits que les citoyens birmans. De grosses inégalités sévissent sur le territoire comme l’accès à l’éducation, au vote, à la nourriture, aux soins et à la santé. Ils sont reclus dans leurs villages et doivent demander des autorisations pour voyager et se marier. De plus, ils sont soumis à un quota d’enfant par famille.

On nous avait prévenus que les Birmans préféraient ne pas parler de politique… On a quand même tenté d’aborder le sujet avec eux , surtout que les élections présidentielles venaient de s’achever.

C’est suite à ces informations que nous avons voulu connaître l’avis de Birmans aux religions différentes, sur le statut des Rohingya. Nous voulions savoir si les tensions vis à vis des Rohingya étaient partagées par le peuple birman.

C’est pourquoi, lors de la rencontre avec deux Birmans, nous leur avons posé plusieurs questions concernant le conflit, ses origines et le rôle du gouvernement. Nous voulions comprendre davantage ce génocide à huit clos.

Nous préférons anonymer les personnes interviewées. Photo prise quelques heures avant à propos d’une autre discussion

Tout d’abord, nous avons rencontré « Angeli », un Birman musulman.

C’est sur le pont U Bein, à Mandalay que l’on commence à discuter avec lui. Nous en venons à parler des Rohingya, on lui demande alors de nous expliquer ce qu’il se passe, nous aimerions avoir la version des locaux.

« Les Rohingyas ? Qui est Rohingya ? Je n’en ai jamais vu. Ici à Mandalay, tout le monde s’entend bien, il n’y a aucun problème entre les musulmans et les bouddhistes. Je sais juste qu’il y a un état en Birmanie où les musulmans ne peuvent pas aller. Mais vous savez, il y a des conflits dans d’autres états aussi pour d’autres raisons. Des conflits entre religions, pas seulement avec des musulmans. Il existe également des tensions interethniques dans d’autres états  » A la fin de notre conversation, Géo lui redemande s’il peut toujours faire un portrait de lui, et ce dernier finit par refuser par peur de se faire jeter en prison par l’armée. On le rassure, on lui dit qu’on n’est pas journalistes mais qu’on voulait juste en savoir plus.

Puis, nous avons interrogé Chan, un Birman bouddhiste.

Rencontré à Mandalay, lors de l’ascension de la colline de la ville où s’enchaînent les pagodes, il parle très bien anglais et souhaite pratiquer avec les touristes. Il nous dit « posez-moi n’importe quelle question, je me ferai un plaisir de vous répondre ».

Nous lui demandons d’en savoir davantage sur la situation des Rohingya, sa position par rapport au conflit.

Au début mal à l’aise, il nous explique «  A Mandalay, on ne rencontre jamais de Rohingya, ils restent dans la région de l’Arakan à l’ouest du pays. Première chose, il faut faire la différence entre les Birmans et l’armée. Ici, on n’aime pas l’armée, ce sont des mauvaises personnes. L’armée a le pouvoir et fait ce qu’elle veut. Elle se montre très puissante, violente et incontrôlable. Elle contrôle officieusement la police, vous imaginez ? Le gouvernement ne prend pas de franche position car il est tiraillé entre les pays de l’occident qui font pression et la population birmane qui pense que les Rohingya sont des réfugiés illégaux, c’est donc l’armée seule qui agit. Deuxièmement, ce n’est pas une guerre de religion. En fait au début, l’armée birmane s’est faite attaquée puis après ça a dégénéré ».  Chan ne précise pas les exactions commises par l’armée et poursuit : «  Les Rohingya sont des réfugiés illégaux, ils n’ont pas de passeport. C’est la raison pour laquelle ils ont été reconduits à la frontière, pas parce qu’ils sont musulmans. D’ailleurs en parlant de religion, où je vis tout le monde s’entend. Étant bouddhiste, j’ai des amis musulmans et chrétiens.Pour moi, le retour des Rohingya en Birmanie est possible, le gouvernement est en train de vérifier leur droit à la citoyenneté afin d’en régulariser certains. »

Après s’être entretenus avec ces Birmans, nous comprenons qu’il ne faut surtout pas tomber dans certains amalgames. En Birmanie, 90 pour cent des 52 millions d’habitants sont bouddhistes. La population birmane ne tolère pas les actes barbares perpétrés par l’armée. Ce n’est que spectateur qu’ils assistent, de plus ou moins loin, à ces scènes de nettoyage ethnique. Villages bombardés, viols et pillages, la répression militaire a atteint son paroxysme ces derniers temps.

Selon les nations-unies, 500 000 Rohingya ont déjà traversé la frontière pour se rendre dans des camps de fortune au Bangladesh mais aussi en Thaïlande et en Malaisie.

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