Rencontre avec Francine Néago, Primatologue reconnue

Il y a des rencontres que nous n’oublierons pas. On a rapidement sû que celle-ci en ferait partie.Nous avons passé deux heures avec Francine Nageo, primatologue française établie sur l’île de Sumatra.

Cette rencontre fortuite est un cadeau de la vie. Alors que nous déposions nos affaires pour faire une lessive, le propriétaire du petit restaurant nous propose de nous asseoir. Il nous présente cette dame en train de manger. Elle s’appelle Francine, elle est française. Mais qu’est-ce que cette vieille dame fait ici, dans ce lieu de trekking difficile d’accès ?

On comprend rapidement que c’est LA fervente défenseuse des Orangs-Outans de l’île de Sumatra. On lui explique qu’on aimerait beaucoup lui poser des questions sur son travail, ce qu’elle accepte avec plaisir. « Vous avez le temps, je peux me coucher à minuit, je suis jeune » dit-elle du haut de ses 88 ans. Puisque c’est la veille de notre randonnée dans la jungle, nous sommes tout excités d’en apprendre davantage sur ces mystérieux singes, si rares à voir dans leur milieu naturel.

Entre temps, on se renseigne sur Internet : on découvre que c’est une star… qui vit dans l’ombre !

Francine vit en Indonésie depuis 50 ans, elle réside sur l’île de Sumatra. Les dernières actualités à son sujet concernent son retour en France en 2015, quand elle se retrouve à la rue à cause du gel des versements du minimum vieillesse. Malgré ce déboire, elle décide malgré son âge avancé, de retourner vivre en Indonésie et d’en accepter les contraintes. Son amour pour les Orangs-Outans étant toujours aussi fort, elle repart les rejoindre à l’autre bout du monde, sans savoir de quoi elle va vivre.

 

Cet amour inconditionnel remonte dans les années 60 , quand elle vient d’arriver sur l’île de Java en Indonésie : « Un jour, j’ai vu arriver un jeune orang-outan enchaîné par son propriétaire qui espérait en tirer un peu d’argent. J’ignorais tout de ces animaux. Il s’est assis à côté de moi, a désigné le panier de fruits sans toutefois se servir. Je lui ai tendu une banane, il l’a épluchée avec soin puis il me l’a offerte. J’en ai eu les larmes aux yeux. Ne comprenant pas que des larmes pouvaient être de joie, il les a séchées avec son grand doigt. Je lui ai alors demandé : mais qui es-tu ? Tu n’es ni un homme ni un animal ».

C’est ainsi que Francine se spécialise et devient au fur et à mesure une primatologue de renom. Médecin généraliste de profession, elle s’est formée seule pour acquérir toutes ses connaissances sur les singes. Elle a passé du temps aux États-Unis où elle a réussi à communiquer avec les Orangs-Outans. En partenariat avec IBM, ils développent un ordinateur qui permet aux singes de s’exprimer. C’est une réussite ! Elle nous explique qu’un Orang-Outan a appris l’anglais via cette méthode en seulement un mois. Et en l’espace d’un an, il a réussi en tapotant sur le clavier de l’ordinateur, à écrire une phrase de 5 mots. Francine nous raconte que ce même singe avait appris à conduire une voiture simplement en la regardant faire. «  Ce n’était pas évident car ils ont des petites pattes, mais il y était arrivé ! »

Nous sommes absorbés par ses histoires et buvons ses paroles. Nous admirons sa passion et sa dévotion pour ce singes qui ne s’effritent pas au fil des ans.Ils ont tout de même un défaut, nous confie t-elle, ils sont têtus ! Ils oublient difficilement puisqu’ils ont une mémoire d’une personne de 65 ans.

Elle a également bâti le zoo de Singapourelle est restée tous les jours pendant 6 mois en cage avec 18 Orangs-Outans. Il semblerait que ce soit la seule femme au monde à avoir réalisé cet exploit. Ce palmarès, elle ne s’en vante pas, elle sourit et continue de nous expliquer que la femelle dominante lui prenait souvent la clé de la cage et la lui rendait quand elle l’avait décidé.

Sur l’île de Sumatra, elle habite dans un coin reculé où elle a un parc d’une centaine d’éléphants, non ouvert au public. Elle est aussi amoureuse des éléphants, mais ça c’est encore une autre histoire. Ici, à Bukit Lawang où nous l’avons rencontrée, Francine est en contact régulier avec une vingtaine de singes. Ce qui nous a surpris dans ce village, c’est qu’elle vit de façon très modeste et humblement et que peu de personnes la connaissent. Notamment, quand on en a parlé avec les guides, ils ne lui ont jamais parlé… alors qu’elle aurait tellement de conseils et de connaissances à leur donner. Cette dame, pleine d’humour et infatigable, a un grand projet qui sera unique en Asie et débutera d’ici 6 mois à 1 an selon les financements : créer une école d’éthologie pour enseigner les comportements des Orangs-Outans. Pour y parvenir, elle a besoin de volontaires, tout le monde est donc le bienvenu !

Ce n’est une surprise pour personne : les Orangs-Outans sont une espèce menacée d’extinction. Il n’y a que sur les îles de Bornéo et Sumatra qu’on en trouve. Leur nombre ne cesse de diminuer à cause la déforestation inquiétante et inexorable. En effet, des palmiers sont plantés à perte de vue afin de produire en masse de l’huile. Produit tant convoité dans le monde entier qui représente un juteux commerce pour l’État.

Champ pour récolter l’huile de palme

Par conséquent, les animaux manquent de nourriture, ne peuvent plus se déplacer ni construire leur nid. Les Orangs-Outans sont des animaux qui ne s’adaptent pas. La jungle de Bukit Lawang est heureusement protégée mais des gardes forestiers veillent à ce que la déforestation ne dépasse pas les frontières fixées.

Le rêve de Francine est de protéger notre proche cousin. « Que le monde entier sache quel animal merveilleux il est et que notre ego ne nous empêche pas de devenir imbu.» Comme elle nous l’a répété et nous pouvons que la croire, l’Orang-Outan est un animal « tout amour et douceur ».

Quant à Francine, elle doit retourner demain à Baijin, à 3 heures de routes de Bukit Lawang. Tous les deux mois, elle doit, canne en main, prendre seule un bus local et affronter la route aux mille et un nids de poules pour refaire son VISA. Cependant, elle ne se plaint pas. Ce graal n’a pas de prix, il lui permet de rester sur la terre de ceux qui lui ont tant appris.

 

 

 

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