Fifu, Inde

 

En volontariat à Jaisalmer en Inde, nous avons fait la rencontre de notre hôte Fifu. Nous devions traduire ses deux sites internet de l’anglais vers le français contre le logement et la nourriture. Dans son hôtel, nous avons été reçus comme des rois et nous nous sommes sentis à la maison pendant une semaine. Nous avons souhaité vous présenter Fifu, un homme d’une grande générosité et aux valeurs inébranlables. Nos cultures sont à l’opposé et pourtant il nous semble si proche.

Comment tu t’appelles ? Quel âge as-tu ?

Je m’appelle Om Prakash, on me surnomme Fifu, et j’ai 54 ans.

Que est ton plat préféré ?

J’aime le Malai Kofta : patates cuites puis rissolées et crème et noix de cajou, le tout mariné dans une sauce épaisse et onctueuse. J’aime les plats épicés.

Combien de repas prends-tu par jour ?

Je prends trois repas par jour, matin midi et soir.

Quel métier aurais-tu aimé faire ?

Avant je travaillais dans les assurances. J’avais besoin d’un travail stable avec revenus fixes pour ma famille. Après 10 ans dans ce secteur, ce n’était plus pour moi. Sans pour autant quitter mon travail, j’ai commencé à apprendre les langues étrangères. Mon père était professeur de langues et d’histoire à Jaisalmer. Il parlait français. J’ai d’abord appris l’Allemand. J’ai ensuite construit cette maison (l’hôtel). Au bout de 20 ans, j’ai quitté les assurances et ai pu obtenir une aide financière pour monter mon hôtel.

Tout le monde en Inde parle anglais du fait de la colonisation britannique. L’anglais permet d’avoir un bon travail. C’était la langue des nobles.

Quel métier est le plus prestigieux selon toi ?

Je dirais que c’est de travailler au sein de l’Indian Administration Services (Fonction publique) ou de l’administration gouvernementale. Ou plus généralement : docteur / ingénieur / enseignement / informatique.

Comment se déroule l’accès à l’éducation en Inde ?

L’accès à l’école est gratuit jusqu’à 14 ans.

Les professeurs du public gagnent mieux que dans le privé mais la qualité de l’enseignement public est plus basse comparée au privé. Il y a beaucoup de problèmes d’absentéisme de professeurs dans le public.

Quel est ton rêve le plus fou ?

Avant mon rêve était de gagner de l’argent et vivre confortablement. Avoir mon propre hôtel, réussir. Maintenant c’est de voyager en Inde et ailleurs. J’aime la photographie. Je suis quelqu’un de positif et ai toujours des idées pour aller de l’avant.

Comment se dit «  voyager » dans ta langue ?

Yatra en Hindi.

Ma langue maternelle est l’Hindi et ici au Rajasthan c’est le Marwari.

Que penses-tu du fait d’avoir quitté notre job pour voyager un an ?

Je pense que c’est bien. On vit dans des sociétés différentes. Dans la mienne, on a beaucoup de responsabilités et des membres de la famille à notre charge. Après, une autre chose, c’est au retour, retrouver un travail. En Inde, ce serait vu comme de la folie de tout quitter pour voyager. Mais étant en contact avec de nombreux voyageurs, j’ai envie de voyager. J’ai remarqué que les Indiens sont rapidement nostalgiques de leur maison.

En Inde, les hommes ont leur premier enfant à quel âge ?

En général, en ville entre 26 et 28 ans. Un peu plus jeune en campagne, à 19 ans. Ils doivent avoir une situation stable, faire un emprunt pour devenir propriétaire puis avoir des enfants.

Est-il possible de refuser de se marier ? Et avoir des enfants ?

C’est une obligation pour les deux, c’est une question de religion et de société. Normalement, ce n’est pas accepté.

Est ce qu’on peut te demander de quelle caste tu es ?

Je suis brahmane, la caste la plus haute. Les femmes peuvent changer de caste par mariage, mais l’homme non. Si une femme se marie avec quelqu’un d’une caste inférieure, elle perd sa caste.

Ta femme est-elle de la même caste que toi ?

Ma femme est aussi brahmane, mais nous venons de deux classes différentes.

Si tes fils veulent épouser une femme d’une caste différente ? Ou autre religion ?

Normalement, ce n’est pas possible de se marier avec une personne d’une autre religion. Mais des accords entre les familles peuvent être faits.

L’Inde ne perd pas son système de castes, c’est très ancré dans la culture.

Quelle est la fête que tu préfères ?

Le festival Divali ! C’est en octobre, c’est beau, très bien décoré, des lumières partout. Nous rencontrons des gens. C’est une histoire en lien avec Rama, pour célébrer sa victoire et son retour. Quand il est revenu dans son village, il a été accueilli comme un héro. Nous fêtons aussi la première récolte de l’année.

Quelle est, pour toi, la valeur la plus importante ?

Être droit et honnête. Je pense qu’il faut enlever son mauvais esprit pour travailler ensemble.

Que penses-tu du président actuel ? Quelles sont tes attentes du gouvernement ?

Je soutenais le gouvernement avant son élection. Maintenant je dois dire que les efforts ne sont pas à la hauteur de mes attentes, il manque de respect – parle trop et agit peu. Je suis un peu déçu. Le gouvernement a promis beaucoup de choses, trop, et peu de résultat. Le premier ministre est un homme bon, pas de corruption et est honnête. On a toujours plus d’attentes.

Que connais-tu de la France ?

J’ai eu beaucoup de voyageurs français, toujours des gens très sympas. J’y suis allé une fois, dans le sud, c’est un très beau pays. Dès qu’on me parle de la France, je pense à la Tour Eiffel, culture, musique et fromage.

J’ai aussi remarqué que les Français semblent de plus en plus grands.

Où aimerais-tu voyager ?

En Italie : Rome – Venise – Florence. J’aime l’art italien.

Sur une île déserte, choisis 3 objets que tu emporterais avec toi ?

Je ne prendrai rien, juste pour me dire « allez j’y vais comme ça pour n’avoir aucun regret et ne pas me dire j’aurais dû prendre ci etc. »

Quelle est la femme idéale selon toi ?

La femme idéale c’est d’abord ma maman qui m’a tout appris. Je la connais par cœur.

Quel type de film préfères-tu ?

Depuis 1984, je n’ai pas vu un seul film au cinéma. Un des films que j’ai beaucoup aimé c’est Ben Hur « ce que tu donnes, tu reçois en retour » comme le karma.

Qu’est ce que tu penses de la pollution en Inde et plus généralement en Asie, est- ce que c’est en train de changer ?

L’éducation peut aider à prendre conscience du problème. Mais les gens éduqués seront ceux qui auront les moyens de consommer plus et donc générer plus de déchets. Les gens non éduqués n’en ont pas conscience mais consomment moins.

Peux-tu nous en dire plus sur les vaches dans les rues ? On sait que c’est un animal très sacré en Inde. A qui appartiennent-elles ?

Les vaches dans la rue appartiennent à des gens. Ils ne s’en occupent pas, ce sont les habitants qui leur donnent à manger. Elles sont livrées à elles-mêmes, errent dans les rues et mangent ce qu’elles trouvent… Leurs propriétaires sont heureux quand elles attendent un petit. Oui, pour nous, la vache c’est sacré, c’est comme notre mère.

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2 Comments

  1. Je vous remercie, toutes mes amities.

    1. geomahou says:

      Merci à toi Fifu 🙂 c’était une super interview !

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