« Comuna 13 », ancien quartier le plus dangereux du monde

Chronologie et histoire de la Comuna 13

Un quartier aux mains de Pablo Escobar (années 80-90)

Dans les années 80, pendant que la ville de Medellín vit les heures les plus sombres de son histoire, la Comuna 13 est contrôlée par des fidèles de Pablo Escobar. C’est ici que les armes entrent et que la cocaïne sort. Perchée en haut de la montagne qui encercle Medellín, la Comuna 13 était un quartier difficilement accessible. Les délinquants pouvaient facilement cacher leurs armes et observer tranquillement l’arrivée des forces de l’ordre et autres ennemis. Infranchissable, on la surnomme « la forteresse ».

Vue depuis la « Comuna 13 »

Le quartier après la mort de Pablo Escobar

A la mort du célèbre narcotrafiquant en 1993, le sulfureux quartier est prisé par différents groupes. Qui prendra la relève ? Qui contrôlera le quartier ?

Une guerre sans merci vient de naître. C’est à la veille de l’an 2000 que cette ultra-violence monte en puissance. Elle confronte des groupes politiquement opposés qui ont pour seul objectif de prendre le pouvoir.

Sur le terrain s’affrontent la guérilla d’extrême gauche, les paramilitaires d’extrême droite et les délinquants du quartier. Au début, la guérilla d’extrême gauche (Farcs + Armée de libération nationale) s’établit sur cette zone stratégique pour les armes et la cocaïne. Afin de contrer leurs ennemis politiques, les paramilitaires d’extrême droite qui sont soutenus par le gouvernement, interviennent pour reprendre le contrôle du quartier. Pour être plus efficaces, ils n’hésitent pas à enrôler des jeunes pour agrandir leurs effectifs. Quant aux jeunes délinquants du quartier, organisés et armés, ils sont prêts à tout pour défendre leur territoire face aux « Envahisseurs ».

Guérilla et climat de terreur

Pendant une dizaine d’année, les crimes et les règlements de compte sont monnaie courante. Les murs sont criblés de balles, les tortures vont bon train, les corps gisent dans la rue. Un réel climat de terreur. A ce moment, on parle de la Comuna 13 comme étant le quartier le plus dangereux du monde. Personne n’ose y mettre les pieds. Même les habitants restent cloîtrés chez eux, choqués par les tournures que prennent les évènements. Nombreux sont ceux qui perdent des proches dans ce quartier qui ne leur appartient plus.

Puisque la « Comuna 13 »  est enclavée dans la montagne, les transports pour se rendre au centre-ville prennent beaucoup de temps. Devenant un vrai ghetto, beaucoup finiront finalement pas quitter le quartier, sans argent en poche .

Impacts de balles encore visibles sur ce mur

Opération militaire

C’est en 2002 que la violence connaîtra son apogée au sein de la Comuna 13. Puisque la guérilla n’en finit pas, le gouvernement s’allie aux paramilitaires et au narcotrafiquant « Don Berna » afin de mettre un point final à ce quotidien sordide que connaît ce quartier. Une opération militaire courte mais sanglante va être lancée. Des moyens forts sont mis en place pour déloger le plus grand ennemi : les Farcs. Mille soldats et policiers sont déployés. Véhicules blindés entrent dans le quartier avec l’aide d’hélicoptères qui tirent depuis le ciel. Sous prétexte de combattre la guérilla, l’armée a éliminé tout opposant politique en « nettoyant » la favela. En trois jours, il paraît que 500 personnes ont disparu.

Suite à l’opération militaire, le narcotrafiquant qui a aidé le gouvernement en profite pour reprendre le contrôle du quartier. Pendant ce temps, un semblant de paix revient sur la « Comuna 13. » Don Berna finit par être extradé aux États-Unis en 2008, la violence et la criminalité grimpent de nouveau. Une fois de plus, qui régnera maintenant sur le quartier ?

Transformation et ouverture aux touristes

Le gouvernement colombien prend des mesures concrètes pour venir en aide à la Comuna 13 et aux autres quartiers dans les hauteurs de Medellín. Reconstruction, réaménagement et aides sociales sont mis en place. Les habitants ont accès à une bibliothèque gratuite, aux ordinateurs et à internet. Une aide à l’emploi et à l’éducation des plus jeunes est aussi proposée à la population. Afin d’assurer une meilleure mobilité des habitants, des escalators ont été installés dans la Comuna 13. Désormais, les habitants n’ont plus à dévaler l’équivalent de 30 étages pour se rendre en bas du quartier. Concernant l’ensemble des hauteurs de la ville, des télécabines ont été installées afin de désenclaver les quartiers dans la vallée. De plus, ce moyen de transport leur est entièrement gratuit. Un bon moyen pour motiver les habitants à descendre de leur perchoir et trouver un travail.

Télécabines installées pour permettre une meilleure mobilité.

C’est seulement à partir de 2013 que la Comuna 13 trouve une accalmie et s’ouvre aux touristes. Un gros travail est fait pour développer les arts de rue. L’objectif est de tourner la page, d’investir les jeunes du quartier dans des causes nobles en les sortant de la violence et de la criminalité. En 2014, une société colombienne offre des pots de peinture aux habitants. Il est temps de recolorer ce quartier et d’y apporter de la gaîté. De nombreux artistes s’engagent dans ce défi de changement. Des fresques murales sont petit à petit peintes sur de nombreux murs. Par ce street art, les artistes racontent le passé douloureux en essayant de redonner de la vie au quartier. Beaucoup de fresques contiennent des subtilités qu’il faut prendre le temps de déchiffrer.

Le tag du visage représente les différents mélanges de la population colombienne : la tête correspond aux racines africaines et les différentes nuances du visage au métissage. Enfin, en bas, le corail pour la partie caribéenne.
Sur cette fresque, l’artiste a voulu dénoncer la violence faite aux femmes. En dessous de la femme, on peut imaginer un fœtus. Beaucoup sont les femmes qui ont perdu leur enfant suite aux coups qu’elles ont reçus.
Autre exemple, sur cette fresque ci-dessous, nous pouvons voir des éléphants tenant un drapeau blanc. Cette scène fait référence à une fillette qui a trouvé la mort lors de l’opération militaire. La grand-mère serait sortie avec un drap blanc pour demander la paix. De nombreuses personnes ont repris son geste en symbolique. Quant à l’éléphant, il représente un animal à la grande mémoire pour que personne n’oublie jamais toutes ces atrocités…
Ces deux colibris représentent les hélicoptères utilisés lors de l’opération Orion de 2002 sur l’ordre du gouvernement pour nettoyer la Comuna 13.

En continuant notre visite du quartier, nous tombons nez à nez avec des toboggans installés à la place des marches. Dans l’idée de réaménagement, ces toboggans ont été mis en place pour mettre en valeur la vie plus que la mort. Quelle belle idée de prendre le toboggan plutôt que les escaliers pour aller à l’école ! Marianne approuve comme vous pouvez le voir sur la photo…

Maou sur son toboggan

Visite guidée dans la Comuna 13

Nous avons choisi de partir avec un guide pour explorer le quartier. Le tour dure 4 heures et demi. Vous pouvez aussi le faire sans guide mais il n’est tout de même pas recommandé d’y aller la nuit.

La raison pour laquelle nous avons choisi un guide est que nous voulions en connaître un maximum sur l’histoire de la ville et de la Comuna 13. Le tour en question peut se faire en Anglais ou en Espagnol.

Dans un premier temps, nous prenons les télécabines pour nous rendre tout en haut de Medellín. Nous avons une très belle vue sur la ville qui est entourée de toutes ces maisons sommaires aux briques rouges. Walter, le guide, nous retrace l’histoire de la Colombie et de Medellín lors de l’arrivée des paysans qui fuyaient la guérilla. Il y a eu un exode rural massif. C’est intéressant. Il finit par nous expliquer toutes les aides sociales qui sont attribuées à la population pauvre de Medellín depuis quelques années.

Ensuite, Walter nous fait découvrir un plat typique de Colombie, l’arepa de chocolo (galette de maïs doux et son fromage frais).

C’est après la collation que nous prenons un bus direction la Comuna 13. Arrivés sur les lieux, le guide prend le temps et s’arrête devant de nombreux graffitis pour nous expliquer leur signification. Nous prenons les escalators pour rejoindre le sommet du quartier. Nous croisons des jeunes dans la rue. Certains font des spectacles de danse hip-hop. Un jeune de 13 ans se joint à nous et décrit un tag dans lequel il faut retrouver les 7 animaux cachés. Le guide nous montre la petite maison de l’artiste «  Chota » (Instagram : Chota13). Artiste reconnu de la Comuna 13 et à l’échelle mondiale, il continue à vivre dans sa maison très simple malgré son niveau de vie qui a évolué depuis. Pour finir ce tour, Walter nous propose de boire la fameuse limonade au café au bar du quartier  ! Un délice, tout comme les chocolats artisanaux vendus par un jeune.

Nous avons beaucoup aimé parcourir ces rues qui sont pleines d’histoires et recommandons ce tour pour mieux comprendre l’histoire de Medellín. Amoureux ou non de street-art, vous prendrez plaisir à admirer toutes ces œuvres qui font sens avec la visite. Ce quartier prend un virage exemplaire et mérite une autre image. On recommande !

Les contacts pour participer à ce tour 

www.comuna13tours.com / comuna13tours@gmail.com

Walter Lopez Guide : Whatsapp +57 304 580 5771 / walter.lopezmo@amigo.edu.co

 

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1 Comment

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