La barque qui coule

A Iquitos, en Amazonie péruvienne, nous avons décidé de faire un deuxième tour dans la jungle. Pour cela, nous sommes partis deux jours à 50 kilomètres d’Iquitos avec Coco, notre guide péruvien. La première nuit, nous sommes censés dormir en tente dans la forêt. Avant de nous endormir, nous partons munis de nos lanternes faire une marche nocturne pour observer la faune de la jungle. Coco nous raconte également tous les dangers auxquels les communautés sont confrontées : attaque de jaguar, pêche de caïmans de 12 mètres, morsure mortelle de serpent, anaconda etc. Suite à cela, nous nous dirigeons vers le lac. Notre guide nous demande de monter dans un tronc d’arbre creusé qui fera office de barque pour aller observer les caïmans. Même si le niveau de l’eau est dangereusement proche de l’habitacle, nous faisons aveuglement confiance à Coco. Il dit qu’il a l’habitude, il nous recommande juste de ne pas bouger. Géo, qui est à l’arrière, sent les herbes hautes le toucher et n’ose mettre ses doigts en-dehors de notre embarcation de fortune.
L’ambiance sur le lac est mystique. La pleine lune rousse naissante éclaire ce grand lac embrumé. Après quelques minutes, Coco observe les premiers yeux rouges d’un petit caïman. Nous nous approchons du rivage, il sort son harpon et se met à le chasser. Une fois la bête de 80 cm ligotée dans la barque, il nous la montre comme trophée. Sous son air taquin, il nous précise que la capture de ce bébé caïman a sûrement réveillé sa mère, bien plus grosse, non loin de là. Ce pauvre animal terminera finalement dans l’assiette de quelques indigènes…
Nous continuons à naviguer sur le lac sans aller jusqu’à son extrémité. Nous décidons de faire demi tour. Puisque de l’eau rentre dans la barque, Marianne essaye tant bien que mal de l’extraire du socle à l’aide d’un récipient. Quand Coco se retourne pour vérifier l’état du bateau, son mouvement fait entrer davantage d’eau. Une fois puis une seconde fois. La quantité d’eau ne cesse d’augmenter à l’intérieur de notre bateau de fortune. La scène semble surréaliste. Impuissants, nous sommes bien en train de couler. Alors que la barque disparaît sous nos pieds, nous nous sommes désormais totalement immergés dans l’eau. Même si nous peinons à réaliser, nous nous sommes bien en train de nager en pleine nuit dans un lac où cohabitent petits et gros caïmans ainsi que des anacondas et des poissons électriques. Titanic en fait, c’est rien.
Marianne crie «  C’est horrible !!!! ». Malgré la panique, nous nous précipitons vers un rivage inaccessible, bondé de végétation. Nous nous accrochons tant bien que mal à des branches d’arbres qui nous permettent de sortir le buste de l’eau. Quant aux jambes, elles sont encore immergées dans cette eau obscure. Notre guide part à la recherche de la barque retournée et tente de la vider tant bien que mal. Les secondes semblent défiler comme de longues minutes. On essaye de faire le vide et de ne pas penser aux animaux qui peuvent se trouver sous nos pieds. C’est seulement au bout de 10 minutes que la barque est réutilisable. Enfin, nous y remontons et retrouvons notre cocon protecteur. Nous sommes soulagés, les nerfs lâchent et nous nous mettons à en rire. Pourquoi ce genre de situation invraisemblable nous arrive ? Le guide nous affirme que c’est la première fois qu’il coule en présence de touristes. Malgré le fait que nos deux téléphones ont coulé eux aussi, on le prend avec de la distance et cela ne nous affecte pas directement. Nous sommes sains et saufs, c’est le principal. C’est avec le temps que nous nous sommes rendu compte de ce qui nous était réellement arrivé. La nouvelle a circulé dans le petit village, un habitant nous dit en nous croisant « Merci à dieu de vous avoir protégés ». Pour lui, l’animal de la jungle le plus dangereux est le caïman ! Ça fait froid dans le dos rien que d’y repenser.

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