Diego Rivera et Frida Kahlo, LE couple d’artistes mexicains incontournables !

Nous avons profité des visites guidées organisées par des bénévoles mexicains pour en apprendre plus sur l’histoire de l’ancienne cité de Tenochitlan (Mexico) et sur les célèbres peintres muralistes mexicains.

Dans cet article, nous allons parler du couple mexicain Diego Rivera (1886-1957) et Frida Kahlo (1907-1954). L’un est devenu célèbre pour ses impressionnantes peintures murales et l’autre pour ses sombres autoportraits.

La jeunesse de Frida a été ponctuée de graves problèmes de santé. A l’âge de 6 ans, elle contracte la polio et en 1925, suite à un grave accident de bus, Frida en sort miraculeusement en vie mais presque invalide. Elle restera longuement alitée et c’est ainsi qu’elle se met à peindre des autoportraits (pas moins de 70) à l’aide d’un miroir installé sur son lit. C’est en 1928, qu’elle décide de montrer ses œuvres à l’artiste montant Diego Rivera. Alors qu’il travaillait sur une fresque commandée par le ministère de l’Éducation, il tomba immédiatement amoureux des tableaux de Frida et surtout de l’artiste.

L’année suivante, ils se marient. On les surnommait « l’Eléphant et la Colombe ». Lui, de 21 ans son aîné, bien enveloppé et robuste et elle, si menue et fragile.

Tous deux partagent le goût pour la peinture et adhèrent aux mêmes idées politiques, le socialisme. Dans les peintures de Diego, nous retrouvons souvent le personnage de Léon Trotsky. Ce dernier a été invité à s’exiler au Mexique en 1937 pour échapper aux menaces de mort de Staline. Il s’est alors installé avec sa femme à la casa azul (maison bleue) où vivent Diego et Frida.

Autoportrait avec Staline, 1954

Le couple Rivera et Kahlo repose sur la passion et la trahison. Très vite, Frida va découvrir les infidélités de son mari, notamment avec sa propre sœur.

Unos cuantos piquetitos, Quelques petites piqûres – 1935

Frida a peint ce tableau après avoir lu dans le journal un fait divers dans lequel un homme a tué sa femme de rage, la poignardant plusieurs fois après s’être aperçu de son infidélité. Il reflète l’infidélité de Diego et les souffrances de Frida lorsqu’elle apprend qu’il la trompe avec sa sœur Cristina Kahlo.

De son côté, Frida se découvre bisexuelle et aura une liaison avec Trotsky.

Malgré les infidélités de son mari et ses problèmes de santé (impossibilité d’avoir d’enfant en raison de son état de santé, nombreuses opérations chirurgicales, amputation de sa jambe), Frida souhaite se montrer joyeuse et organiser de nombreuses fêtes bien arrosées chez elle. Toutefois, dans ses tableaux, on y retrouve beaucoup de mélancolie. De manière plus précise, Kahlo a utilisé son corps, son intimité et son expérience biologique, comme un site d’expérimentation et d’auto-analyse.

Elle a exprimé la souffrance des femmes lors de la perte d’un enfant, les femmes désespérées, les différentes sortes de blessures (celles du corps et celles des sentiments) à travers de nombreux autoportraits. Elle n’a pas hésité à puiser dans son expérience personnelle pour traiter de sujets considérés comme tabous dans les années 1930-1950, ce qui fait d’elle une artiste féministe précoce.

Pendant leur séjour aux États-Unis, Frida tombe enceinte mais elle rencontre des complications et doit l’interrompre.

Henry Ford Hospital, l’hôpital Henry Ford – 1932

Dans le tableau, son ventre est encore gonflé, et six éléments différents l’entourent, rattachés à sa main par des rubans rouges, comme s’il s’agissait de cordons ombilicaux. Sur la droite, au-dessus de la tête de lit, flotte un escargot, symbole de la lenteur de l’avortement, selon Frida Kahlo. Au milieu du tableau, un fœtus mâle représente le fils désiré. Sur la gauche, un moulage orthopédique rose de la zone pelvienne évoque les fractures de la colonne vertébrale de Frida Kahlo. Au bas de l’œuvre, sur la gauche, on peut voir une machine, à droite de laquelle se trouvent une orchidée offerte par Diego, puis un os pelvien. Des larmes coulent des yeux de l’artiste.

On classe son art comme appartenant au surréalisme, mais elle l’a toujours nié : « Ils me disent surréaliste, mais je ne le suis pas. Je n’ai jamais peint de rêves mais ma propre réalité ».

Frida se peint majoritairement les cheveux attachés, ornés de fleurs ou de la coiffe ethnique, les lèvres serrées et son fameux mono-sourcil. Ses animaux qu’elle et Diego chérissent tant y sont également peints : le perroquet, le petit singe et le chien sans poil mexicain : le Xoloitzcuintle.

Autoportrait avec un petit singe, 1945
Autoportrait avec singe et perroquet, 1942
Pensées sur la mort, 1943

 

Le couple finira par divorcer en 1939 pour se remarier un an après. Les retrouvailles sont passionnées et leur relation fusionnelle.

Autorretrato con Collar de Espinas, Autoportrait au collier d’épines et colibri – 1940

Frida a peint ce tableau lorsque son mariage battait de l’aile. Dans ce tableau, on remarque que les épines du collier s’enfoncent dans son cou comme signe de douleur, raison pour laquelle sa relation avec Diego est un échec. Le colibri mort, de la même forme que ses sourcils, indique la fin de son mariage. Sur ses épaules, le chat noir représente le mauvais sort et le singe (cadeau de Diego à Frida). L’artiste a la coiffe traditionnelle du Mexique et porte la tenue typique de la région de Oaxaca, qui fera partie intégrante de son identité.

Tableau Las dos Fridas, Les deux Fridas – 1939

Frida reflète ici ses émotions suite au divorce avec Diego. Elle a dessiné deux personnes identiques, mais avec des personnalités différentes. L’une d’entre elle est la Frida mexicaine dont est tombée amoureux Diego. L’autre est Frida européenne, la nouvelle artiste indépendante et reconnue dans le monde, mais aussi celle que l’époux a abandonnée. Leurs cœurs sont visibles et on peut voir une petite veine qui les unie. Les deux femmes se tiennent la main et signifie qu’elle accepte qu’elle soit la seule personne qu’elle comprenne, aime et aidera à aller de l’avant.

Corse La Columna Rota, La colonne brisée – 1944

Il y a des clous dans tout son corps dont un très grand dans son cœur. Cela nous montre qu’elle ne souffrait pas que sur le plan physique mais aussi émotionnel. Frida s’est peinte avec des larmes coulant de ses yeux sur un fond aride évoquant la solitude. Le bandage blanc symbolise son corset qu’elle a dû porter suite à son grave accident de la circulation. L’œuvre dépeint un cri de douleur.

Tableau La Mascara, le Masque – 1945

Il s’agit d’un autoportrait en buste prenant une forme inhabituelle dans son corpus, puisque son visage est recouvert d’un masque en papier mâché. Au-dessus de la fausse chevelure mauve, nous pouvons distinguer la véritable coiffure de Kahlo, reconnaissable à sa couleur noire et à son tressage significatif. On remarque les orifices creusés au niveau des yeux peints, ainsi que de véritables larmes coulant sur le visage factice. Les orifices permettent à l’artiste de voir le spectateur sans être vue : c’est la première fois que Frida Kahlo se cache afin d’observer l’environnement extérieur à la toile. Habituellement, elle affronte le regard du public avec un visage toujours marqué d’une grande fierté et parfois même d’une pointe d’arrogance.

Elle connaîtra un succès international lors d’expositions de ses œuvres à New York et à Paris.

Cette femme avait beaucoup d’humour et on ne compte plus ses citations ironisant sur ses souffrances et de son art. Les dernières années de sa vie furent douloureuses, elle souffre énormément et ne peut plus quitter son lit. Elle meurt en 1954 dans sa maison bleue.

Citations de Frida :

 « Je voudrais te donner tout ce que tu n’as jamais eu, et même ainsi tu ne saurais jamais à quel point il est merveilleux de t’aimer. »

« Jamais de la vie, je n’oublierai ta présence. Tu m’as prise quand j’étais brisée et tu m’as réparée, tout entière ».

« Je peins des autoportraits parce que je me sens si souvent seule et parce que je suis la personne que je connais le mieux ».

« Certains critiques ont tenté de me classer parmi les surréalistes, mais je ne me considère pas comme telle. En fait, j’ignore si mes tableaux sont surréalistes ou pas, mais je sais qu’ils sont l’expression la plus franche de moi-même. »

« Je buvais pour noyer ma peine mais cette garce a appris à nager. »

« Docteur, si vous me laissez boire cette tequila, je vous promets de ne rien boire à mon enterrement ».

De son côté, dans les années 1920, Diego Rivera a reçu des commandes du ministre de l’Éducation destinées à éveiller la conscience culturelle et historique du peuple mexicain. Il doit alors adapter son registre thématique qui était alors basé sur l’art chrétien.

Création, 1923 – Lieu de rencontre de Diego et Frida

Il va alors peindre des scènes de vie des communautés indigènes du Mexique et dénoncer la société du 20e siècle comme l’oppression dont furent victimes Indiens et paysan. Il utilise une palette très colorée et insère de nombreux faits historiques, sans oublier le caractère socialiste. D’ailleurs, il signe ses œuvres d’une faucille et d’un marteau.

Au début de sa carrière, Diego a été invité à voyager dans certaines régions du Mexique afin de représenter au mieux leurs traditions dans son art. A son retour, il va aborder différents thèmes des scènes de vie des communautés indigènes comme la récolte du maïs, le tissage, la poterie et le travail à la mine.

Tejedora, La tisseuse – 1936
Le vendeur d’arums, 1943
Tableau : Entrada de la Mina, L’entrée de la mine, 1923 – 1924

Dans cette scène, on voit les Indigènes entrer dans la mine, qui est l’allégorie de la mort. Diego donne une forme de monstre à l’entrée de la mine et condamne ainsi les conditions de travail extrême qui y règnent. 

El hombre controlador del universo, L’homme, Contrôleur de l’Univers – 1934

Le contenu de cette peinture murale est ouvertement politique. Au centre est un homme ouvrier (sûrement d’origine russe) qui contrôle l’univers, au carrefour de deux idéologies opposées. A gauche : la critique du monde capitaliste exposé comme une lutte de classe entre la répression et la guerre. La section droite montre une vision idéalisée du monde socialiste, pacifiste, avec les travailleurs de la place rouge, dirigé par Lénine, et avec la présence de Karl Marx, Friedrich Engels, Leon Trotski et Bertram D. Wolfe. Ellipses.

Cette fresque de Rivera avait été peinte à l’origine pour le Rockefeller Center à New York. Rivera en était aux 2/3 de sa fresque quand les Rockefellers protestèrent contre une image de Lénine dans sa peinture. Rivera proposa d’ajouter le portrait de George Washington à sa fresque, mais ce compromis fut balayé du revers de la main et la fresque fut détruite. Rivera l’a repeinte à plus petite échelle dans le palais en 1934 et la rebaptisa L’homme, Contrôleur de l’Univers.

Un des 4 panneaux exposés au Palais des Beaux-Arts, Mexico

La dictadura, La dictature – 1936

On y voit une tête disproportionnée qui mélange plusieurs traits d’Hitler, Mussolini, Roosevelt et Hirohito qui porte un drapeau aux couleurs de l’Allemagne, Italie, Etats-Unis et Japon. Il est évident que Rivera voulait dénoncer le fascisme y compris celui de son propre pays avec Plutarco Elias Calles. L’enfant, en bas à gauche, tire la langue pour se moquer d’eux.

Enfin, l’œuvre la plus célèbre de Rivera exposée au Palais national de Mexico.

Epopeya del pueblo mexicano, Épopée du peuple mexicain – 1929 à 1935

Cette fresque se compose de trois parties : le Mexique pré-hispanique ; la chute de l’empire aztèque jusqu’à la révolution mexicaine ; vision marxiste du Mexique du 20e siècle tournée vers l’avenir.

Première partie

Au centre, on reconnaît les pyramides du soleil et de la lune du site Teotihuacan. En haut à droite, le dieu Quetzalcoatl, représenté en serpent à plumes. On retrouve les scènes quotidiennes des potiers, tisseuses, artisans et ceux qui récoltent le maïs. On peut y voir une égalité entre tous ces travailleurs et une absence de lutte sociale, contrairement aux scènes qui vont suivre. Il y a un équilibre entre les indigènes et la nature, ce dont Diego admirait beaucoup.  Il utilise la culture indigène comme un idéal pour critiquer les autres cultures.

Deuxième partie

La scène de la partie inférieure correspond aux batailles liées à l’arrivée des colons au Mexique, à partir de 1521. Les soldats espagnols possèdent des armes et tuent les Indigènes. Les natifs essaient de se défendre mais sont en train de perdre. On y retrouve des personnages clé : Hernan Cortès, le leader espagnol de l’invasion du Mexique. A ses côtés, La Malinche, une indigène rendue esclave, qui lui a servi d’interprète et dont il est tombé amoureux. Ils ont eu un fils, le premier métis du Mexique.

On voit également une scène d’évangélisation. Les colons ont imposé la religion chrétienne à la population mexicaine.

Diego a dessiné les personnages importants qui ont participé à la révolution mexicaine (1910 à 1920) comme Emiliano Zapata, Pancho Villa, Porfirio Diaz, Victoriano Huerta.

A gauche, le révolutionnaire Emiliano Zapata qui tient la banderole Tierra y Libertad
Dans le coin en haut à droite, on retrouve Emiliano Zapata et les autres révolutionnaires tels que Pancho Villa et Madero. Il y a également le militaire Victoriano Huerta et le général Porfirio Diaz.

Troisième partie

Le Mexique d’aujourd’hui et du futur avec l’utopie que le pays devienne socialiste. Diego Rivera reprend les thèmes qu’ils lui sont chers : le travail, le communisme, les inégalités et l’opposition au capitalisme. On retrouve Karl Marx qui brandit le manifeste du communisme et qui pointe vers l’avenir. De nombreuses grèves de la part de la classe ouvrière et des syndicats ont lieu. Il dénonce également l’exploitation des paysans et ouvriers par les propriétaires terriens et industriels. On découvre en bas au centre, Frida et sa sœur Cristina qui éduquent la jeunesse de demain avec les valeurs du communisme.

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