Le voyage, notre voyage

Assis sur le siège Le ce bus bondé aux banquettes rafistolées, mon regard se pose sur l’aiguille de cette horloge figée. C’est certainement avec ironie qu’elle me rappelle que ce nouveau trajet est loin d’être terminé. Le temps s’offre alors à moi de griffonner un nombre incalculable de « mots flêchés», tous presque terminés.

Je suis finalement distrait par la vitre de ma droite qui diffuse des scènes de vie toujours plus variées. Une partie de mon front collé contre le carreau, de la buée apparaît et s’estompe au rythme de mon souffle. La route est une fois de plus chaotique, les piétons prennent plaisir à nous doubler. Les nids de poules qui prolifèrent sont bien plus efficaces que les dos d’ânes consciemment dissimulés. Dans mon cocon vitré, je me laisse étrangement bercer par ce spectacle de vie effrénée.

La trêve est bien souvent de courte durée. La règle se confirme puisqu’un homme décharné, à l’âge avancé, tente de me vendre avec conviction un objet dont la nécessité reste à prouver. Malgré un prix rapidement bradé, je sens monter en moi la culpabilité de lui annoncer que je n’en éprouve toujours pas l’utilité.

Je retourne la tête vers un nouvel horizon où surgissent et se succèdent une multitude de pensées.

Voyager ? Voyager, c’est accepter de prendre de plein fouet un quotidien qui est parfois tout sauf édulcoré.

Mais le voyage, le vrai, a bien plus à offrir que du sable et des cocotiers. C’est la raison pour laquelle, on accepte de replier sans compter nos affaires toujours froissées dans notre sac bleu délavé. Le tout, sans rechigner. Nous avons la liberté de faire quelques arrêts parfois prolongés à chaque fois que nous nous sentons guillerets. Nos racines prennent petit à petit leurs marques dans un sol étranger qui devient rapidement familier. Il est bon de se sentir chez soi, à l’étranger. On rêve alors d’un « masala paneer » plutôt qu’un bœuf bourguignon pour clôturer de la meilleure des façons la journée écoulée.

Sans regret, on a pris ce ticket vers l’inconnu à la rencontre d’inconnus. On ne pensait pas apprendre et grandir autant à l’issue de ce parcours si peu organisé. Finalement, peu importe la direction empruntée. Il suffit simplement d’avancer puisque les clés du bonheur se trouvent bien souvent sous nos pieds.

Déjà dix mois que nous sommes sur cette route qui ne semble jamais avoir de cul-de sac. Même si certaines rencontres nous ont déçus, seuls le sourire et le regard bienveillant des belles personnes continuent à persister . Parfois mal installés, on se sent toutefois exister dans ce wagon de montagnes russes où le beau, le laid, le bon et le mauvais ne cessent de se côtoyer.

Voyager, c’est pouvoir s’immerger dans de proches ou lointaines contrées sans qu’une date butoir nous ramène brutalement à la réalité. La notion du temps est agréablement chamboulée. La fin de journée d’un dimanche peut enfin être autant appréciée qu’un vendredi soir normalement convoité. Malgré certains repas qu’il nous arrive de sauter, nous nous sentons toujours rassasiés grâce aux intarissables découvertes et paysages admirés.

Le temps passe vite, les kilomètres sont avalés et on se rend de plus en plus compte de l’immensité. Quelques ampoules sous les pieds, on marche sans discontinuer. Voyager devrait être un travail à temps plein rémunéré. Finalement, on se résigne, on accepte que notre courte existence ne nous permettra pas d’explorer tout ce que la terre nous a donné. Pour ne pas avoir de regrets, on décide en contrepartie de prendre notre temps. Ce temps qui nous appartient, que personne a le droit de nous ôter. Alors pour se rassurer, on se fait la promesse que voyager c’est vivre chaque instant comme si ce n’était pas le dernier.

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2 Comments

  1. Je me retrouve tellement dans ce que vous écrivez.. après un voyage de seulement 6 mois.
    Bravo ! Continuez !

    1. Merci Clémence 🙂

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