On nous a ouvert les portes du monde zapatiste

Contexte de l’État du Chiapas, Mexique

Le Mexique compte environ 10 à 12 millions d’indigènes, dont 1/3 au Chiapas. C’est un état très pauvre malgré des ressources très riches : café, pétrole, maïs. Les inégalités sociales y sont très fortes. Les autochtones sont restés exclus des retombées économiques de l’exploitation des ressources locales et des programmes gouvernementaux.

Quelle est l’origine du mouvement zapatiste et en quoi consiste t-il ?

C’est donc dans ce contexte que l’EZLN (l’Armée zapatiste de libération nationale) se forme en 1983 dans la forêt Lancadone (partie reculée du Chiapas). Cette armée fait directement référence au révolutionnaire Emiliano Zapata, propriétaire terrien et paysan, héros de la révolution mexicaine entre 1910 et 1920. Il a défendu les paysans contre les grandes industries sucrières et revendiquait la redistribution des terres.

Emiliano Zapata

Les Zapatistes font ainsi renaître le cri de «  Tierra y Libertad » (Terre et Liberté) autour duquel se rassemblaient les partisans d’Emiliano Zapata.

En 1984, le sous-commandant Marcos rejoint le mouvement. Il devient le porte-parole et a permis, grâce à sa plume, son charisme et son talent d’orateur, de porter la parole des Indiens mexicains sur tous les continents. L’identité de Marcos révélée par le gouvernement mexicain n’a toujours pas été confirmée à ce jour. Il semblerait que Marcos soit un ancien professeur à l’université, le seul zapatiste d’origine non indigène.

Le combat des zapatistes réside sur un rejet du néolibéralisme et sur un combat pour l’autonomie en termes de justice, d’éducation et de propriété terrienne. Leur slogan est « tout pour tous, rien pour nous-mêmes ». Le passe-montagne devient le signe distinctif et montre qu’il n’y a pas de visage derrière ce mouvement. Tout le monde peut se l’approprier et y participer.

Qu’est ce que le soulèvement de 1994 ?

N’obtenant aucune réponse positive à leurs revendications de la part du gouvernement, le 1er janvier 1994, le jour où entrent en vigueur les accords de de l’ALENA (traité de Libre Commerce entre les États-Unis, le Canada et le Mexique), les zapatistes lancent une insurrection armée au Chiapas, au cri de « Ya basta ! ». Ils annoncent à la planète qu’ils ont assiégé plusieurs villes mais sans faire feu/sans violence.

« Basta » de cette frénésie néolibérale et de ces privatisations qui lèsent les paysans indigènes, « basta » de ces règles économiques qui viennent d’autoriser (en 1992) la parcellisation et la vente des « éjidos » (les terres communales traditionnelles). Le sous-commandant Marcos mène le mouvement. Descendant des montagnes, les sans-voix, les sans-terre, les oubliés de toujours occupent les principales villes du Chiapas. L’EZLN apparaît publiquement pour la première fois et, avec elle, tous les Indiens en lutte réclamant la dignité, la justice, la démocratie pour tous, la reconnaissance de leurs droits et de leur culture.

Il s’ensuit 12 jours de combat avec l’Armée mexicaine, faisant environ 150 victimes du côté zapatiste.

Le Président en fonction, Carlos Salinas, proposa une trêve et ouvrit des négociations sur deux thèmes fondamentaux : droits politiques et économiques. Ces négociations ont abouti aux accords de San Andrés signés en 1996 entre les zapatistes et les représentants gouvernementaux . Ces accords sur les droits des cultures indigènes n’ont jamais été ratifiés par le PRI, ce qui a eu pour conséquence la reprise de la violence en 1997 et 1998.

Suite à cette trahison, les rebelles décidèrent de ne pas recourir à la force militaire mais d’utiliser des outils de communication comme Internet et les médias attirant l’attention internationale sur le triste sort des paysans mexicains.

Les zapatistes quittent les villes et décident d’aller s’installer dans la forêt et construire leur propre système. Ils ont créé un autre monde, sans violence, sans discrimination, sans hiérarchie, avec des hôpitaux et écoles autonomes, avec la résistance économique et travaux collectifs.

Les Zapatistes pour les droits et la culture indigènes

De son côté, le gouvernement souhaite éliminer les zapatistes pour récupérer les richesses naturelles de l’état du Chiapas. De plus, les Indigènes ne parlent pas espagnol, n’ont pas de compte en banque et sont autosuffisants. Ils ne consomment pas et ne présentent donc pas d’intérêts financiers pour le gouvernement. Ce dernier va alors armer les Indiens non zapatistes. Ces paramilitaires vont semer la terreur auprès des communautés. Plusieurs milliers de familles vont abandonner leur maison pour se réfugier soit dans les villes soit dans la forêt.

En 2001, une nouvelle rupture est alors intervenue entre le gouvernement et le mouvement. Les zapatistes décident de mettre en pratique l’autonomie reconnue aux peuples indiens dans les accords de San Andrés, à défaut d’en avoir obtenu la reconnaissance constitutionnelle. C’est le début d’une nouvelle étape, qui dure jusqu’à aujourd’hui.

 

 

L’organisation des communautés autonomes

Vous êtes en territoire rebelle zapatiste. D’après les bases de soutien zapatiste, nous souhaitons la bienvenue la plus cordiale aux personnes du conseil indigène du gouvernement et leur porte-parole et au congrès national indigène. Compagnon Galeano, nous exigeons la justice, pas la vengeance. Le chef paramilitaire Manuel Velasco Cuello et le chef suprême paramilitaire Enrique Pena Nieto, assassins et criminels, ne seront pas en paix.

Le sous-commandant Marcos déclare qu’il souhaite « construire un monde meilleur, qui n’appartient à personne et par conséquent qui est à tout le monde ».

Fondamentalement incompatibles avec le système libéral, ces communes en rébellion sont autogérées et organisées pour assurer leurs besoins sociaux, pérenniser leur culture et leurs langues.

En 2003, des conseils de bon gouvernement appelés « caracoles » (= escargots) voient le jour. C’est une structure de gouvernement autonome au sein des communautés, dans laquelle la séparation entre gouvernants et gouvernés tend à se réduire autant que possible. Les membres apprennent à gouverner collectivement. Nous vous racontons plus bas notre visite du caracol d’Oventik.

 

 

Quelques faits sur l’organisation :

Travail : les zapatistes ne sont pas rémunérés. Grâce à l’esprit de travail collectif, ils améliorent leurs conditions de vie.

Justice : pas de condamnation carcérale ni de peine financière. La personne devra travailler pour compenser la victime.

La Escuelita : invitation de plusieurs milliers de personnes pour faire découvrir le système zapatiste et répandre son message dans le monde. Les gouvernants des bons gouvernements n’ont aucune compétence en la matière et aucun avantage financier.

Le rôle des femmes : en plus de leur savoir-faire artisanal et de leur rôle de mère, elles affrontent aussi les hommes proches d’elles qui s’opposent à leur autonomie, soit sous leur toit, soit devant les conseils de la communauté. Et elles sont nombreuses maintenant à occuper des postes de responsabilité.

Les membres zapatistes ont énormément de compétences en charpenterie, agriculture, ferronnerie, culture du café etc. Ils ont de très bons résultats en termes de production agricole, d’où l’importance de récupérer leurs terres.

Il ne faut cependant pas s’y tromper : il n’est pas dans les intentions de l’EZLN de prendre le pouvoir, ni de revendiquer l’indépendance d’une région.

La petite école zapatiste – La liberté selon les Zapatistes
Vive le travail collectif !

Quelles sont les retombées du mouvement zapatiste et quelles sont les actions actuelles ?

Même si on a vu que l’État n’a jamais respecté les accords signés avec les zapatistes, on peut noter que le soulèvement a provoqué certaines réactions positives. Grâce au mouvement de 1994, les Indigènes ont enfin obtenu de la reconnaissance de la part du gouvernement. Des programmes sociaux ont vu le jour pour aider les familles déplacées à retrouver leurs terres saccagées.

Lors de notre volontariat chez Omero, nous avons participé à l’un des 22 projets financés par l’État : distribuer de la nourriture à l’école primaire juste avant noël. Omero travaille depuis des années avec le gouvernement afin d’aider les familles déplacées à retrouver de meilleures conditions de vie. Il est en contact avec de nombreuses communautés, a créé des liens d’amitié très forts avec eux, comme nous avons pu voir lors de notre visite au village zapatiste de Tepeyac. C’est ici que vivrait le sous-commandant Marcos.

On a demandé à plusieurs reprises aux habitants du Chiapas ce qu’il en était aujourd’hui du mouvement zapatiste. Nombreux sont ceux qui nous disent qu’il ne se passe plus rien et que le nombre de membres a chuté. On les a crus jusqu’à ce qu’on visite le caracol d’Oventik et que nous rencontrions une Espagnole qui avait passé une semaine dans un autre caracol. Elle nous raconte alors que le mouvement n’est pas éteint, de nombreuses rencontres internationales ont lieu pour discuter de l’organisation interne.

Le 21 décembre 2012, ils ont organisé « La marche du silence des zapatistes » : des dizaines de milliers de zapatistes ont marché dans les rues de 5 grandes villes de l’état. Dans une surprise générale, cette mobilisation pacifique, a été d’une grande ampleur avec près de 50 000 zapatistes. Ce serait l’action qui aurait a réuni le plus de zapatistes depuis 1994, selon les médias nationaux.

Récemment, l’EZLN a protesté contre la construction du Train Maya dont le tracé se trouve sur leurs terres.

Notre visite du Caracol d’Oventik

Nous nous sommes donc renseigné pour nous rendre dans un caracol zapatiste avant de quitter le Chiapas. C’est à Oventik que nous décidons d’aller mettre les pieds. Depuis la création du mouvement, les caracoles s’établissent dans 5 villages différents. Il paraît que celui d’Oventik serait le plus important.

Nous prenons un transport en commun depuis San Cristobal et arrivons 1h 30 plus tard. Nous apercevons des peintures à l’effigie du mouvement et pourtant nous ne sommes toujours pas entrés. En effet, un portail verrouillé par un cadenas nous empêche de pénétrer. Un jeune garde munis d’un foulard qui lui cache la moitié du visage est à son poste. Il surveille l’entrée et informe un autre garde de notre présence. Muni d’un passe-montagne, celui-ci s’approche de nous en nous posant différentes questions : «  D’où venez-vous ? Que venez-vous faire ici ? Quel est votre travail ? ». Une fois les informations notées, il nous a demandé d’attendre et est parti les transmettre.

15 minutes plus tard, un autre monsieur cagoulé portant un foulard rouge autour du cou, vient à notre rencontre et nous ouvre la grille. Peu loquace, il répond tout de même à nos questions mais reste très discret. Nous descendons l’avenue principale et admirons les nombreuses fresques à l’effigie du mouvement zapatiste. Nous irons jusqu’à l’école et rebroussons chemin en nous arrêtant dans quelques boutiques d’artisanat. A la fin de la visite, nous retrouvons le premier garde cagoulé. Nous lui posons d’autres questions. Il assure que le caracol est surveillé par des gardes qui se relaient toute l’année, jours et nuits. Il nous confirme que tout est payé par la communauté ici, des services de santé à l’éducation. Même si le mouvement semble s’essouffler il nous affirme l’inverse. Il nous explique que le nombre de partisans a toujours été stable, que l’accès au soin est pour tout le monde. Même les non zapatistes y ont le droit « la santé concerne tout le monde ». Enfin, il insiste sur le fait que tout membre du gouvernement est interdit d’entrer ici. Le sentiment d’indépendance est selon lui, toujours aussi fort.

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