Chez les mennonites !

Fraîchement arrivés au Belize, notre hôte Audrey nous emmène au supermarché pour que nous fassions nos emplettes ! Il suffit de quelques instants pour remarquer que l’ambiance qui y règne est étrange. Du moins, elle ne nous est pas familière. L’endroit est austère, on entend des chuchotements, le silence est limite pesant. Quant aux gens, ils sont vêtus d’habits d’une autre époque. Les femmes ont des robes et un couvre chef ; les hommes portent une grosse barbe, un chapeau, une chemise et des bretelles. Qui sont ces clones ?

« Ce sont des Mennonites », les Amish qui vivent en Amérique du sud. Ceux que vous avez vus sont les « modernes », d’autres vivent isolés de la civilisation.

Viennent alors de nombreuses questions concernant cette communauté. Afin d’assouvir notre soif de curiosité, Audrey nous propose de nous emmener le lendemain dans une communauté reculée. Excitation et questionnement se mêlent. Nous avons pour objectif de rencontrer ces gens afin d’en savoir plus sur leur mode de vie, leurs traditions et leurs croyances.

Plus nous avançons dans la campagne vallonnée, plus nous faisons un bond au 18ème siècle. Nous voyageons dans un autre temps. Les personnes que nous croisons sur les chemins en terre semblent tout droit sorties de la série La petite maison dans la prairie. A part nous, personne ne se déplace en voiture : tous ont des calèches tirées par des chevaux. Notre présence ne semble pas passer inaperçue, les têtes se retournent à notre passage.

Nous entrons dans une propriété, Audrey nous dit connaître la dame puisqu’elle lui a déjà acheté une cabane auparavant. Une personne d’un certain âge, au teint blafard, sort de sa maison en bois. Puisque sa porte est ouverte, nous pouvons furtivement remarquer que tout semble sommaire chez elle. Elle ne daigne pas nous recevoir mais nous conseille d’aller voir le pasteur si nous voulons discuter. Ni une ni deux, nous repartons à la recherche de l’homme qui pourra peut être nous accueillir.

Nous croisons plusieurs maisons en bois, toutes semblables, sans aucune couleur. Elles ne sont pas peintes car ils insistent sur le fait de vouloir vivre simplement, sans exubérance, et ne laisser aucune trace de leur passage. On ne croise personne dehors. Peut-être sont-ils tous en train de déjeuner ou de travailler dans les champs ? Nous arrivons enfin devant la maison que nous recherchons. Intrigué par cette voiture étrangère, un homme à la barbe hirsute sort de sa maison. Nous lui disons que nous aimerions en apprendre davantage sur sa communauté. Le regard fuyant, il a cependant la gentillesse d’accepter.

Nous nous asseyons sur sa terrasse et apprenons que nous devrons parler en… espagnol. Il nous explique avoir vécu en Bolivie avant d’arriver au Belize. En Bolivie, la terre était moins bonne mais ce n’est pas la seule raison de cet exode. Alcool, tentations extérieures et le risque pour ses enfants de fuir la communauté mettaient en péril ses règles de vie fondamentales. Il nous explique que ses 8 enfants vivent dans la communauté et qu’il souhaite qu’ils restent auprès des leurs. Les Mennonites ont beaucoup d’enfants car les moyens de contraception sont contraires à leur philosophie. Afin d’éviter la consanguinité, il leur arrive d’adopter pour faire entrer du « sang nouveau » dans la communauté. Audrey nous expliquait que dans les années 1970, pour palier à ce problème, on demandait les services des soldats anglais présents dans le pays pour coucher avec les femmes mariées mennonites. Mais cela se passait d’une drôle de manière, bien loin de ce que s’imaginaient les soldats. Lors de l’ébat sexuel, le mari tenait la main de sa femme en récitant des passages de la bible et la femme était recouverte d’un drap. Une scène plutôt choquante qui nous a fait penser à la série Handmaid’s tale (que l’on vous recommande !).

L’homme à qui nous posons les questions ajoute que les femmes ne sortent pas et que chacun vaque à sa tâche. D’ailleurs, quand elles doivent accoucher, ça se passe au sein du foyer avec l’aide d’une femme de leur communauté qui vient à domicile. Les femmes cuisinent et s’occupent d’élever leurs enfants, les hommes cultivent les terres et élèvent le bétail. Nous apprenons que les Mennonites sont originaires de la Russie et d’Allemagne. Même s’ils ne sont jamais allés dans ces pays respectifs, les Mennonites continuent à parler le haut et le bas allemand au sein de leur communauté. Ils tiennent à ce que leurs enfants apprennent cette langue dans leurs écoles. En parlant d’éducation, nous apprenons que les enfants vont à l’école seulement un mois sur deux jusqu’à leurs 12 ans. Ils sont grandement impliqués au bon fonctionnement de la vie de leur famille. Les enfants mennonites ont leurs propres écoles et ne se mélangent pas avec les autres écoliers du pays.

Mais alors pourquoi vouloir se couper du monde ?

L’homme nous explique qu’il voit le monde extérieur comme un danger et qu’ils sont avant tout croyants. Quand je lui demande pourquoi les hommes portent tous une grosse barbe, il me répond que c’est dans le but de ressembler à Jésus. De façon délibérée, les Mennonites n’ont pas de voiture, n’utilisent pas l’électricité et ne suivent pas les actualités. Les terres sont léguées de génération en génération aux hommes qui doivent travailler pour pouvoir rembourser à la communauté.

A la fin de notre entretien, j’ai demandé au monsieur de le photographier. Mal à l’aise, il a refusé expliquant que les Mennonites n’acceptent pas d’être pris en photo. Les souvenirs resteront donc gravés en tête. C’est après une bonne demi-heure en sa compagnie que nous l’avons remercié et que nous sommes partis.

Sur le chemin du retour, nous refaisons un tour dans le village. A l’extérieur des maisons, on peut deviner si la famille est nombreuse ou pas. Quantité de salopettes et robes à l’identique sèchent sur le fil à linge. Nous apercevons au loin, dans un jardin, trois petites têtes blondes qui à notre passage, se précipitent pour se cacher. Plus loin, à la rivière, on croise une calèche dirigée par deux jeunes adolescents. Idem, ils reprennent la route à notre arrivée. Audrey essaye d’entamer la conversation. Ils répondent dans un bon anglais et filent.

Cette visite nous a vraiment marqué et restera un moment gravé.On ne s’attendait pas à tomber sur un mode de vie aussi éloigné du nôtre. On s’est dit que « c’est vraiment lors de ce genre d’expérience, au cœur des différences, que l’on voyage ».

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